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Le couffin (Koffa) d’abord.. celui qui dans la tradition est apporté en marque d’espoir. La date de l’union est d’ailleurs choisie pour être la plus propice à la conception de l’enfant né de l’amour. Tiens ce couffin me rappelle la carapace de tortue utilisée pour bercer le nouveau né, certain de ne jamais se renverser… Eh oui c’est le pouvoir rassurant de la tortue, la force paisible de sa carapace… Suspendue avec de la corde tressée à partir de l’alpha et des arjouns de palmiers de Kerkennah. Comme pour mieux donner à l’enfant à venir, le goût de la vie bonne, la confiance en son île, sa puissance et sa beauté sauvage… Je me souviens de ma visite passionnante au musée de l’Abassya qui met en scène cette tradition à Kerkennah.

La koffa… Joli nom pour décrire plein de symboles…

La koffa (le couffin) c’est donc le symbole de l’union créatrice… Mais sans la mer il n’en serait rien, sans la famille et les amis elle n’aurait aucun sens, sans les passants inconnus et bienvenus elle n’aurait pas le même gout du partage de la joie et de l’espoir que porte en elle cette cérémonie animée et émouvante de la koffa.

Alors de quoi s’agit il exactement ?

Inutile de se parer des plus belles tenues élégantes car la koffa c’est avant tout un bien commun chanté et dansé en toute liberté pour honorer l’amour, le partage et l’équité dans le couple, tous ensemble de la terre à la mer. Les futurs mariés sont ainsi accompagnés comme une offrande à la mer gardienne de leur union sacrée. La communauté, élégante dans sa simplicité et son authenticité, en harmonie avec l’esprit de Kerkennah, s’avance au rythme du tambour, symbole du passeur de mondes et de la zokra domptée par le souffle extraordinaire de son musicien aux joues gonflées comme celles d’un nouveau né. Les danseurs montrent le chemin vers la mer gardienne de l’archipel, drapés de leur foulard rouge et vert, symbole là aussi à Kerkennah, du partage équilibré entre l’homme et la femme.

La joie du partage confiée à la mer généreuse et bienveillante

Ce partage de l’union de deux êtres se transforme en un hommage à la mer qui ne nécessite aucun apparat, seulement la sincérité du cœur, l’accueil de la beauté de l’instant, de la communion, de ce qui fait notre humanité dans sa plus simple et authentique expression. Les bateaux amarrés embarquent cette espérance portée par les sourires, les danses et les discussions. Un enchantement recouvre alors la mer au bleu profond de cette fin d’après midi. Quand éloignés des côtes, les bateaux s’arrêtent soudain. Les passagers commencent alors à plonger. Enfants, adultes, parents, amis, inconnus… chacun peut alors sauter dans ce bain d’humanité, nourri d’espoir et de bonheur pour le couple à l’honneur.

Une fois la future épouse et son compagnon à la mer, les plongeurs viennent les saluer. Embrassés par les flots, le couple et leurs témoins nombreux remontent dans les bateaux. Une chorégraphie marine se met alors en place. Le vent et les vagues accompagnent les danses des bateaux et celles des passagers rafraichis et joyeux. La troupe folklorique reprend son hymne à la mer pour bénir cette union sacrée. Les bateaux se croisent en cercles infinis. La dextérité de leurs capitaines me surprend. Certains bateaux remplis de passagers sont à la limite de chavirer.

Enfants de la mer,
Vos bateaux glissent comme le vent,
Nos cœurs sont en joie.

Puis le retour s’organise. Les Bateaux se placent en duo pour rejoindre tranquillement les côtes de Ouled Bou Ali. Envouté par ce moment intense, je regarde alors l’horizon et la mer sacrée… mon cœur en joie s’assombrit soudain…

Au creux de vagues de la mer enchantée, flottent des bouteilles jetées, non pas celles porteuses de ces petites bouts de papier, témoins de messages d’espoir. Non ! Ce sont des canettes vidées pendant ce voyage sacré en mer. Une certaine colère monte en moi alors que je remplis mon cœur de cette communion forte entre la mer et ses hôtes… Pourquoi cette brutalité coexiste-t-elle avec la douceur de notre humanité ? Kerkennah tu es une terre de contradictions, aussi belle que maltraitée… mon cœur qui se réjouissait jusque là de cette communion saigne soudain à la vue de la mer devenue en pleine offrande un espace insulté par ces déchets jetés par celui-là même qui te rend hommage… Dans ce spectacle désolant, je ressens une profonde tristesse. L’ignorance de l’Homme et son indifférence insultent la beauté de cet archipel autant que son humanité l’honore.

Ô mer kerkennienne
Bienfaitrice de l’archipel
Pour combien de temps ?

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