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L’archipel Kerkennah : exploitation gazière ou zone touristique protégée ?
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Il y a 6 mois Madame Rahma Attia Hili alertait Kerkenniens.com sur les constructions d’habitations hors-la-loi sur le littoral de l’archipel. Kerkenniens publiait alors un article sur la violation du domaine maritime public Kerkenniens, Indignez-vous contre la violation du littoral fragile de Kerkennah !  Nous revenons une nouvelle fois sur ce sujet. Mais cette fois-ci se pose la question de la violation du domaine maritime public par les installations en mer en pleine zone touristique et pour des activités hautement dangereuses (pollution, risque d’incendie et d’explosion).

 L’inquiétude pour la baie de Sidi Frej

Nous relayons les témoignages des réseaux sociaux sur l’inquiétude relative à des activités suspicieuses dans la baie de Sidi Frej. Vidéo à l’appui, les témoins s’interrogent, et Kerkenniens avec eux, de la présence d’individus dans l’eau installant visiblement des pipelines. Il semblerait que ce réseau vise à pomper l’eau de la baie en vue de faciliter l’activité gazière. Après les va-et-vient des camions chargés de condensât de gaz (très inflammable) dans la baie par la société PETROFAC (Tunisie) ce sont maintenant des installations en mer qui s’approprient les eaux de la baie. Kerkenniens.com pose donc la question de leur légitimité et de leur légalité sur une zone hôtelière touristique et dont l’écosystème est fragile.

 Un littoral insaisissable dans le respect de la sécurité et de l’environnement

La baie de Sidi Fredj comme l’intégralité des côtes de l’archipel de Kerkennah et de toute la Tunisie est un bien commun explicitement défini par la loi 95-73 du 24 juillet 1995 relative au domaine public maritime. Reprenons 3 articles essentiels que nous mentionnions déjà il y a 6 mois :

  • Art.19 de la loi “Le domaine public maritime est insaisissable, inaliénable et imprescriptible. Il ne peut être grevé d’hypothèque.”
  • Art. 21 de la loi “L’utilisation commune du domaine public maritime est libre, égalitaire et gratuite. Elle se limite à l’usage courant selon les usages et les coutumes, dans le respect de la tranquillité, de la salubrité, de la sécurité, de l’ordre public et de la protection de l’environnement.”
  • Art. 25 de la loi, “Lorsqu’il y a lieu de réaliser des ouvrages ou des installations fixes dans la mer ou à sa proximité, l’autorisation ne peut être accordée que sous forme de concession fixant notamment la durée de l’occupation et le montant de la redevance.”

Le littoral tunisien représente 1320 Km dont 120 km pour les Iles de Kerkennah (soit 9%) et 99 km pour Djerba. Ce patrimoine côtier fait toute l’attractivité nationale et internationale de la Tunisie. Outre le développement touristique essentiel à l’économie de notre pays, ce littoral est un précieux trésor de faune et de flore, apprécié à Kerkennah par un tourisme raisonné.

 Petrofac hors-la-loi ?

Selon le bon principe de présomption d’innocence, sauf à ce qu’une autorisation expresse d’occupation temporaire (dont la durée ne peut excéder 30 ans d’après la loi) ait été octroyée à la société d’extraction britannique par les pouvoirs publics tunisiens, ces installations en cours dans l’eau de la baie de Sidi Frej semblent hors-la-loi.

Que dire aussi des transports de matière dangereuses au cœur d’une baie où plusieurs hôtels sont installés depuis de nombreuses années pour accueillir les touristes venus du continent pour apprécier la richesse naturelle, le calme et le domaine public maritime de Kerkennah. A l’heure ou des milliers d’hectares de faune et de flore brûlent en Tunisie devons nous rester silencieux sur ces mouvements de camions de gaz qui sont de véritables allumettes à retardement en plein milieu des espaces hôteliers ?

Si certains sont en mesure d’attester l’autorisation d’occupation temporaire de PETROFAC dans la baie de Sidi Frej alors ces faits que relaie Kerkenniens seraient légaux et cela malgré leur dangerosité pour les citoyens, les touristes et le patrimoine tunisien. Encore une fois nous ne sommes pas en mesure d’apporter cette preuve juridique. Si vous disposez d’éléments complémentaires étayés n’hésitez pas à déposer vos commentaires. Kerkenniens s’indigne d’une telle situation qui transformerait l’archipel de Kerkennah en zone industrielle plutôt qu’en zone protégée.

Alors que de nombreux pays cherchent à tout prix à préserver leur derniers espaces protégés, leurs parcs naturels côtiers, quel choix la Tunisie, riche de ces 1320 km de côtes, souhaite-t-elle assumer pour son avenir ? Nous ne pouvons qu’interpeler le gouvernement et les ministères concernés (Économie, Tourisme, Environnement, Santé, Éducation) quant au choix stratégique de notre pays pour le devenir de Kerkennah.

A propos de l'auteur...

Mehdi Kachouri

Si j'étais un animal… Je serais invertébré au sang bleu. Ma légende dit que je navigue entre le clair, d’une intelligence hors norme, et l’obscur du Kraken. Avec mon tri-coeur kerkennien, je suis un hypersensible qui, un jour de 2009, décide de concevoir un espace de partage dédié à cet archipel méconnu de Méditerranée pour discuter des enjeux du patrimoine des 14 îles de Kerkennah aux eaux peu profondes cristallines et fragiles. Mes 8 tentacules sont autant de passions et de valeurs qui combinent technologie numérique, photographie, gastronomie, goût du partage, exigence du sens critique, inconditionnel de la faune et de la flore, respectueux de l’héritage de mes ancêtres et de l’Histoire de notre civilisation d’Europe et d'Afrique. Ma remarquable capacité d’apprentissage et d’adaptation me permet de proposer des articles indépendants, coups de coeur ou coups de gueule, sur une gamme tentaculaire de sujets, de l’actualité aux initiatives de développement local associatif, touristique, économique, politique... de l’archipel de Kerkennah. Aimant me camoufler dans les profondeurs (bien qu’à Kerkennah il faille aller très loin des côtes pour cela !), mystérieux et plein d'humour, je propose aussi un riche éventail de recettes de cuisine traditionnelle kerkennienne à base notamment de poissons et de fruits de mer... mettant ainsi ma mascotte à l’honneur et ma philosophie en tant que fondateur, propriétaire et administrateur du site kerkenniens.com : "Essayer de toujours le faire avec le (tri)coeur » !

Comments

  1. Didon    

    La loi du plus fort…. n’est pas celle qu’on voudrait nous faire croire….

    Voici quelques morceaux choisis de penseurs éclairants (et éclairés)… “Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. De là le droit du plus fort”…. “Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. ” (Rousseau, Contrat social, chap. 3)
    Ce qui me conduit à réagir à cet article…
    Dans un Etat de Droit c’est la force du droit qui l’emporte
    Dans une République c’est le peuple qui sauvegarde la chose publique
    Le droit tunisien donne à Kerkennah la force de se faire respecter !
    Trouver la preuve… et faire que justice soit rendue.

    1. Mehdi Kachouri    

      Bonjour Didon, que dire de plus… Il s’agit d’un triste constat de la situation sur les îles de Kerkennah…

  2. Armoni_K    

    Triste constat, que faire ?

    1. Mehdi Kachouri    

      En effet Armoni_K, mais il faut continuer à soutenir les actions locale pour protéger cet archipel ;/

  3. Petr J.    

    Est-ce la fin du tourisme aux îles Kerkennah ?

    En pleine saison touristique 2017, le viol de la zone touristique Sidi Fredj continue, les hôteliers de Kerkennah lancent un SOS d’urgence pour sauver l’avenir de Kerkennah et sauvegarder l’environnement sur les îles Kerkennah, le viol de la zone touristique Sidi Fredj-Kerkennah persiste et se déplace à la mer ou l’industrie petroliere compte défoncer les hauts fonds de la belle baie de Sidi Fredj.

    Link: https://www.facebook.com/soskerkennah

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