[alert type="success"]C’est en ce jour de l’automne 2013 que Pr Ali Hili a rendu l’âme, à l’âge de quatre-vingts ans. Les images de Si Ali donnant une conférence intitulée « Iles de Méditerranée hier et aujourd’hui, cas de Kerkennah » à la Maison de la Région de Marseille, défilent dans mon esprit dès que j’apprends la triste nouvelle. Cette conférence, organisée par l’Association Kerkena le 11 juillet 2013, aura été la dernière fois où je verrai Si Ali exposer son savoir approfondi sur l’histoire des îles Kerkennah. Physicien de formation, si Ali est également un féru d’archéologie, d’ornithologie et d’écologie.[/alert]

[font_awesome icon="fa-circle"] Un pionnier

Dès 1967, Pr Ali Hili rentre de France avec un doctorat en physique et commence à enseigner à la Faculté des Sciences de Tunis qui se trouvait alors à Rue de Rome. L’année suivante, il est nommé à la tête de la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique nouvellement créée au sein du Ministère de l’Éducation. Intéressé par l’ornithologie, il fait partie des membres qui ont fondé l’Association Les Amis des Oiseaux en 1975. Au début des années quatre-vingt, Pr Ali Hili fait partie d’une équipe qui élabore un projet d’aménagement et de développement des îles Kerkennah dans le cadre d’un programme international Man And Biosphere (MAB)-UNESCO. Les îles de Kerkennah étaient la locomotive de ce projet qui regroupait quatre autres îles mineures de Méditerranée : Skiathos, Skopelos (Grèce), Gozo (Malte) et Salina (Italie).

Consultez l’étude :

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Etudes Interdisciplinaires de l'habitat humain dans les Écosystèmes insulaires.

[font_awesome icon="fa-circle"] Une figure emblématique des îles Kerkennah

Les Kerkenniens ont cette qualité de reconnaître la valeur des hommes de la trempe de Si Ali. Notre enfance a été bercée par l’histoire de ces hommes qui fait partie intégrante de celle de l’archipel. C’est ainsi que le nom de Si Ali Hili m’était familier. Éprise des îles natales de mes grands-parents et adepte du pèlerinage familial annuel dans ces îles, j’étais en quête permanente de documents et d’études sur les îles Kerkennah. C’est ainsi que j’ai connu quelques travaux de Si Ali. L’homme avait visiblement consacré une bonne partie de sa vie à étudier différents aspects des îles et notamment leur histoire. Il est rare qu’un auteur contemporain qui s’intéresse aux îles Kerkennah n’utilise pas les œuvres de Si Ali comme référence. Ses travaux lui valent une renommée nationale et internationale. Si Ali est fortement sollicité dès qu’il s’agissait de l’élaboration de projets concernant Kerkennah.

Pr Ali Hili présidant une table ronde intitulée « Le voilier en Méditerranée à travers l’histoire », organisée par l’Association Kerkena pour le patrimoine maritime et culturel méditerranée (Association Kerkena) et la Fédération du Patrimoine Maritime Méditerranéen (FPMM). Musée d’El Abassya-Kerkennah - Le 25 août 2012 - ©Photo de Manel Chaabane

Ce n’est qu’en 2010 que j’ai vu Si Ali à l’œuvre. A l’occasion de la présentation du roman « Le sarment : une saison à Kerkennah » d’Aïcha Ibrahim, Si Ali relève les erreurs historiques que comporte ce roman qui se veut anthropologique. Il va au bout de son discours basé sur des arguments scientifiques infaillibles malgré le chahut total occasionné par un public hostile. Comme Si Ali n’était pas de ceux qui font les choses à moitié, il publie un article dans La Presse où il expose son point de vue.

[font_awesome icon="fa-circle"] Un homme indépendant et intègre

Si Ali était le Doyen de la Faculté des Sciences de Tunis. C’est en me hasardant sur le site tunisnews (censuré sous le régime de Ben Ali) que j’apprends l’histoire des étudiants islamistes qui l’ont pris en otage dans les locaux de son département au Campus d’El Manar à Tunis. Ne voulant pas compromettre l’avenir de ces jeunes étudiants, Si Ali refuse de délivrer leurs noms aux autorités. Les qualités scientifiques de cet homme n’ont d’égal que ses qualités humaines. Son indépendance politique sous le régime de Bourguiba et par la suite sous celui de Ben Ali était de notoriété publique. Il a refusé les portefeuilles ministériels qui lui ont été proposés. L’homme tenait à son indépendance.

[font_awesome icon="fa-circle"] L’homme

Le travail associatif m’amène à rencontrer Si Ali dans son bureau à la Faculté des Sciences de Tunis où il continuait à exercer en tant que Professeur émérite. L’homme est simple et modeste. Il maintient dans son bureau contigu des tonnes de documents dont ceux relatifs à Kerkennah. C’est avec beaucoup de passion qu’il m’entretient sur le projet MAB-UNESCO mené dans les années quatre-vingt. Je ne manque pas de percevoir une note d’amertume quand il conclut en disant que ce projet d’aménagement et développement des îles Kerkennah est resté dans les archives sans jamais être concrétisé. Ses connaissances larges et sa mémoire infaillible malgré les années étaient autant de qualités que l’ont pouvait apprécier chez Si Ali. Il n’avait jamais coupé le cordon avec son île natale et ses souvenirs d’enfance étaient encore vivaces. Si Ali fréquentait le Lycée de Sfax avec quelques élèves originaires de Chergui, son village natal. Il se souvenait encore du conseil du village qui se réunissait en cas d’intempéries pour choisir le meilleur équipage qui devait emmener ces élèves en Loud à Sfax .C’est dire à quel point l’éducation était sacrée aux yeux des kerkenniens. Son combat avec les transports maritimes a continué jusqu’à ce qu’il finisse ses études en France. Si Ali n’a jamais quitté son île natale. Il lui a consacré ses travaux, son énergie, sa vie. Il y reposera désormais. C’est à sa juste valeur que cet homme de sciences et de principes était apprécié et respecté par ceux qui l’ont connu. Que Dieu l’accueille dans son infinie miséricorde et donne la patience et la force à sa famille et à ses proches.

Manel Chaabane Tunis, le 19 octobre 2013