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Les kerkenniens et les produits locaux à base d’alcool
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Voici un article de mon cousin Imed Kachouri. Imed nous apporte un témoignage d’un temps où les choses simples étaient considérées comme “banales” et paisibles. Voici une leçon de vie en partage sur kerkenniens.com, pour nous rappeler que vivre au pied de ses racines, c’est goûter aux joies simples et ancestrales et que l’alcool, il n’y a pas si longtemps, n’était pas un tabou.

 Histoire originale des Kerkenniens avec les produits alcoolisés

Nous devons préciser, quand on parle d’alcool à Kerkenah, qu’il y a une différence entre les produits locaux, préparés d’une manière artisanale et les produits industriels distribués dans le commerce. L’archipel, comme certaines autres régions du sud tunisien, se distingue par la production du « legmi » appelé aussi vin du palmier, une boisson alcoolisée, sirupeuse et blanchâtre, obtenue par fermentation naturelle tirée du cœur des palmiers dattiers ainsi que le « assir » qui est un vin artisanal issu des vignes locales et souvent préparé par les femmes kerkeniennes à leur domicile.

Si la consommation des produits alcoolisés est prohibée et mal vue dans les sociétés musulmanes conservatrices, les choses semblent être différentes à Kerkenah surtout quand il s’agit de produits locaux. Enfants et adolescents, nous passions presque la totalité des vacances d’été sur l’archipel dont sont originaires nos parents et nos ancêtres et durant ces périodes, nous avons connu ces boissons et côtoyé leurs consommateurs avant de les consommer nous-mêmes.

 Le Legmi : boisson typique de Kerkennah et son oasis de palmeraies

Concernant « le legmi », nous avons toujours vu nos pères, nos oncles et nos cousins, boire cette boisson au vu et au su de tout le monde sans que cela ne semble gêner personne. Bien au contraire, c’était souvent l’occasion de se rassembler devant les maisons ou dans les patios des demeures insulaires pour « trinquer », discuter et festoyer. D’ailleurs, même les femmes n’étaient pas bannies de la fête. Elles ne buvaient pas mais elles assistaient, souvent, à ces après-midis et ces soirées familiales.

Palmiers dattiers , ressource première du legmi, vin du palmier

Palmiers dattiers, ressource première du legmi, vin du palmier

A l’adolescence, nous avons, très tôt, pu goûter à la saveur de cette boisson « énergétique » et euphorisante. A l’époque, il était facile de s’en procurer à des prix dérisoires. Nous nous retrouvions entre amis au bord de la mer ou dans les terres agricoles, appelées localement « hmada » et où palmiers, figuiers et vignes se côtoyaient harmonieusement. Des rencontres autour de cet élixir local qui commençaient, souvent, le soir au coucher du soleil pour se terminer tard dans la nuit ou avec les premières lueurs de l’aube qui apparaissaient à l’horizon.

Autour d’un feu de camp, le legmi était un prétexte pour des retrouvailles entre les autochtones et les jeunes estivants originaires des îles et qui résidaient dans d’autres régions du pays. Une aubaine pour déguster des produits de mer frais à peine pêchés. Des poissons et des fruits de mer grillés pour accompagner cette boisson qui, à cause de son goût amer ne peut se boire seule. C’était pendant ses rencontres que se nouaient les relations, que naissaient les amitiés et que s’élaboraient les projets. Aujourd’hui, les choses ont bien changé.

Legmi, vin du palmier : boisson alcoolisée sirupeuse et blanchâtre issue de la fermentation du jus extrait des palmiers dattiers

Legmi, vin du palmier : boisson alcoolisée sirupeuse et blanchâtre issue de la fermentation du jus extrait des palmiers dattiers

Un grand merci à Imed pour ce témoignage de vie sur l’expérience kerkennienne du rapport à l’alcool produit localement. Une consommation qui nous renvoie à l’idée de la socialité de la boisson (voir notre article La consommation d’alcool en Tunisie : point de vue scientifique), à ce qu’elle représente comme moyen du “vivre ensemble” pour le partage, la convivialité et la joie d’un moment de détente et de dégustation comme nos grands parents pouvaient le faire.

A propos de l'auteur...

Imed Kachouri

Kerkennien de cœur et de sang, grand cinéphile et passionné de la connaissance et de sa transmission, il travaille à l'éducation nationale.

Comments

  1. Weg    

    Témoignage touchant sur l’héritage de nos ancêtres et sur leur savoir-vivre que nous pourrions facilement oublier ! Il est urgent de nous relier à nos racines véritables, celles de nos souvenirs d’enfant. Merci kerkenniens 🙂

  2. Mounir Zalila    

    Bonjour,
    Merci pour ce témoignage qu’il est probablement bon de compléter, à propose du Lagmi, qu’il y a une version soft de cette boisson, le legmi sucré (hlou) que l’on apportait, dans une gargoulette, frais de très bon matin directement du palmier et auquel, alors jeunes enfants, nous avions droit., avant qu’il ne soit livré à la fermentation naturelle. Un produit bio par excellence!
    Il convient également d’ajouter les vertus laxatives de cette boisson dont on entend plus parler.

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